Le verrou

Le style du rococo passe de mode à la fin du règne de Louis XV, mort en 1774. Cependant Jean-Honoré Fragonard (1732-1806) peint encore des scènes galantes. Malgré sa réussite au prix de Rome, il décide de peindre des sujets plus libertins et éloignés de l’histoire, contrairement à François Boucher (1703-1770) et à Antoine Watteau, deux représentants du style rococo. Vers 1776 Fragonard devient célèbre à la cour et auprès des aristocrates, grâce à son oeuvre « le verrou » au sujet connoté d’érotisme. Lecteur de romans licencieux (hors de la morale), Fragonard a un goût pour le libertinage, qui est à la mode au XVIIIe siècle et son oeuvre en est le reflet. L’homme sur le tableau pourrait être un personnage d’un des romans du Marquis de Sade ou des liaisons dangereuses de Choderlos de Laclos. La peinture de Fragonard fait écho aux moeurs libres de l’époque.

Le verrou, oeuvre peinte au XVIIIe siècle

Le verrou peint par Jean-Honoré Fragonard en 1776, Musée du Louvre

Le tableau représente l’intérieur d’un appartement où se trouve un couple enlacé. L’homme essaie de fermer le verrou de la porte et la femme feint de l’en empêcher. Un même rayon de lumière éclaire le couple, une partie du lit et la pomme, le fruit défendu signe du péché de chair. Cette lumière marque, du verrou à la pomme, la diagonale du tableau : la femme va perdre sa virginité. L’homme déshabillé et la femme décoiffée suggèrent la relation sexuelle, ainsi que la disposition des objets dans la chambre : le désordre du lit, un vase renversé derrière les baldaquins à rideaux cramoisis, les vêtements de l’homme sur une chaise renversée et les fleurs par terre. Le vase et les fleurs font allusion au sexe féminin. La scène est peinte dans des tons sensuels, ocre, beige et blanc, couleur de la chair. Le style du rococo se retrouve dans les plis et les courbes de la robe, de la chemise de l’homme et des rideaux du lit.

Vocabulaire :

le libertinage : l’un des sens de ce mot est le comportement d’une personne qui aime les plaisirs de la chair et s’y adonne sans retenue

Le Marquis de Sade : auteur d’ouvrages sur les sévices sexuels sur les femmes. De son nom Sade découle le mot sadisme

faire écho à : refléter

feindre de : faire semblant de

cramoisi : couleur rouge foncé

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